comme je veux

Antoine qui traverse la nuit – soudain je revois M en lui – corps physique, coeur violent, yeux-couteaux et qui me retournent du dedans. il fume sur le bord de la terrasse, il parle à tout le monde et m’en oublie, ce n’est qu’avec le soir et l’alcool qu’il devient câlin, coulant, cherchant mes mains et mes caresses. le matin j’ai déjà vécu mille fois cette histoire. il ne dit jamais je, il est un on heureux d’amis et de rencontres à venir, rêvant à voix haute sur les brunes colombiennes c’est à la fois une façon de me rendre jalouse et de me faire confiance, c’est sans méchanceté mais sans élégance tout autant. je souffre un peu – d’être faite pour lui et lui pour moi et de façon si étonnante, si évidente, depuis si longtemps. je m’agace de soudain craindre de lui déplaire – de me sentir trop fille, trop robe noire sandales lacées fourrure vintage dans l’épaisseur de la nuit – je m’agace car j’aime et j’accepte tout de lui, car j’ai passé l’âge aussi de vouloir plaire à tout prix à des types qui me font reproche d’être précisément moi-même. je ne veux pas être la muse, je ne veux pas être la surprise, l’anomalie, je ne veux pas être l’exotique, celle qu’on comprend à peine, encore moins celle qui s’adapte, qui se plie, se perd sans doute dans ce qu’elle imagine devoir être pour d’autres — je veux, comme je veux, l’instant où je veux: un disque d’Ella pour danser, Martini extra dry à vivre la nuit comme elle vient, brûlante et robe serrée, sous les étoiles, rêvant de volcans et de temps arrêtés.