la colère

magnifique essai d’Adrienne Rich sur les femmes poètes dans son article When we dead awaken: Writing as Re-Vision, publié dans le recueil « On lies, secrets, and silence »- et à quel point il faudrait continuer la réflexion en 2015

c’est la question de la colère qui en particulier m’interpelle –
Woolf mitigeant sa colère, adaptant son discours aux hommes quand bien même elle s’adresse à des femmes dans Une chambre à soi

tout ce qui se passe en nous aujourd’hui, ce qui se publie sans oser dire l’insupportable: que nous avons internalisé les rapports de sexe et de pouvoir au point d’être aveugles à nos propres crises, nos propres drames, les soubresauts de nos questions. nous ne cessons de nous adapter aux hommes et leur servir la soupe et croire que ce faisant nous les éduquons, nous les amenons à la compréhension. mais qui nous comprend? qui nous accueille? qui nous reçoit dans nos moments de doute? nos colères restent silencieuses car nous craignons les représailles. car nous croyons pouvoir nous satisfaire des miettes que l’on nous jette. car nous sommes d’un positivisme béat, évidemment masculin, qui voudrait que le progrès nous rende des droits, droits que nous n’atteindrons pas si nous restons terrifiées à l’idée d’y prétendre.

ils n’ont pas de scrupules – ces hommes que j’aime, que j’admire, ils n’ont aucun scrupule, aucun plafond de verre stylistique, aucune angoisse de la page vierge, aucune appréhension à fouiller leurs entrailles en public puisque toujours leurs entrailles se cachent derrière l’Histoire avec un grand H ou les fils dorés d’une fiction, ils n’ont aucun scrupule – pourquoi continuerai-je à en avoir?

(ai-je rêvé ou lu quelque part hier cet article sur l’importance de la réception plutôt que la vision portée en soi? cela m’a hantée et abîmée toute la journée. c’est si faux, si réducteur à des intérêts d’éditeur. j’ai tant besoin que mes rêves reviennent remplir ma joie et ma confiance en moi)