une année entière

une année entière je crois j’ai disparu à moi-même –

2015, la grande violence

j’errais dans des douleurs intenses, des rêves sans fond, j’allais contre un courant si froid, si violent, si persistant qu’il était devenu pour moi la seule forme de mouvement

l’hiver je l’ai passé seule, dans la neige, à New York, avec une main cassée et la masse de tes mensonges

– dans l’été, j’ai voulu aimer à nouveau

un fantôme délicieux, avec des yeux immenses, une jeunesse insolente et qui m’emmenait courir, la nuit, à toute allure, sur les toits de Paris

comme un rêve de moi-même, comme la plus belle des fuites

à l’automne, tu croyais si fort à tes mensonges qu’ils s’animaient en moi

jusqu’à ce matin où tu as donné la vie à un enfant qui n’était pas le mien

en me demandant d’accepter

de comprendre

de me tordre encore un peu jusqu’à ce que j’étouffe complètement

à l’automne j’étais l’héroïne de ton roman

une princesse carthaginoise – peau blanche,  cheveux noirs – une somme de sensualité qui tend ses bras pour recevoir les derniers mots de Derrida

bizarrement, c’est cela que je ne pardonnerai pas

tu as pris tout ce que tu pouvais de moi, de ma peau, de mes livres, mes amours, et pour cela on t’a donné des prix Fnac Machin et Interallié

pour toutes les années à tes côtés où j’ai été la femme de l’écrivain

celle qui, cédant sa place à l’évidence, n’écrivait plus

personne ne saura jamais la précision avec laquelle tu détruis les femmes

la tendre Natacha, la brûlante Cordélia

j’ai tant de peine en moi pour ta prochaine victime

mais je ne le sais que trop bien: on se protège en vain de la passion, de l’orgueil

oh assez,

2015 ce fut l’effarement

du début à la fin et alors – en janvier 2016, dans le train vers la Suède, quand l’eau du détroit d’Öresund s’étale et scintille et s’étend sans douleur, j’ai su que de l’enfer ou de la joie tout n’était qu’une affaire de choix.